Zoom sur le territoire

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Sylvain Mathieu est vice-président du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, en charge de la forêt, de la filière bois et de la montagne. Convaincu de l’importance de miser sur la chimie du bois, il nous livre sa vision de la filière et l’ambition qu’il porte pour engager la région vers d’avantage d’innovation au service d’une plus grande valeur ajoutée des produits forestiers.

Quel est le potentiel forestier de la Bourgogne-Franche-Comté ?

Notre filière forêt-bois a un grand potentiel dans notre région ! Nous avons d’abord la forêt la plus productive de France, avec des productions réputées, telles que le chêne de Bourgogne, le douglas du Morvan ou le sapin-épicéa du Jura. Nous avons une très belle filière avec quasiment tous les maillons, depuis la graine, avec la sécherie ONF de Lajoux qui est unique en France,  jusqu’aux produits finis. Et nous avons de très beaux maillons ! Cette filière représente 5 000 entreprises et 25 000 emplois dans notre région.

Personnellement, j’ai de grandes ambitions pour la filière car je suis convaincu que le bois est le matériau du 21ème siècle, car écologique par excellence ! Nos ressources sont relativement abondantes et disponibles, c’est un cercle vertueux pour l’économie locale car la matière première est produite sur place.

La ressource bois est-elle mobilisable facilement en Bourgogne Franche Comté ?

Grâce au travail que nous venons d’achever dans le cadre du PRFB, nous sommes en mesure d’affirmer qu’il y a de la ressource forestière disponible dans notre région. Mon objectif est d’identifier ce bois non exploité alors qu’il devrait l’être : quelles essences, quelles qualités, quels types de produits, comprendre pourquoi ces bois ne sont pas récoltés et comment y remédier…

L’évaluation des volumes des petits bois d’éclaircie feuillus, qui servent au bois énergie ou au bois industrie, nous a démontré qu’on pourrait exploiter 800 000 mètres cubes supplémentaires par an en plus de ce qui est déjà récolté, à savoir 4 666 000 mètres cubes en Bourgogne Franche Comté. Il faut développer des débouchés pour ce type de produits car pour l’instant on en manque, notamment pour les éclaircies et têtes de chênes.

Est-ce que la chimie du bois a un avenir dans votre région ?

Il est tout à fait possible d’avoir des raffineries de bois comme pour le pétrole, ce qui d’ailleurs existe dans d’autres pays et qui a existé ici même au 20ème siècle, ce n’est pas nouveau ! Il y avait par exemple deux grandes industries de chimie du bois implantées dans la Nièvre qui n’ont malheureusement pas subsisté au début du 21ème siècle car il n’y avait plus d’investissements. Cette absence de vision industrielle est dommageable.

On a cru que le bois était périmé, ringard et archaïque. Pas du tout ! Aujourd’hui on redécouvre enfin toutes les vertus du bois : renouvelable, recyclable, durable, isolant, sain, qui non seulement émet moins de CO2 que les autres matériaux mais qui en plus séquestre en lui-même du carbone !

J’aimerais qu’on puisse réimplanter en Bourgogne-Franche-Comté une industrie issue de la chimie du bois, en respectant bien la hiérarchisation des usages : d’abord extraire tous les composés chimiques possibles, puis utiliser ce qui reste en bois énergie.

Interview réalisé le 03 juin 2019 par mesdames Laure Desalins et Victoire Reneaume

Date de modification : 05 juin 2023 | Date de création : 11 juin 2019 | Rédaction : Corinne Martin