Gemme la science

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Entretien avec Sébastien Ribeiro, post-doctorant du projet Gemm_Est.

Le projet Gemm_Est lance sa première phase de gemmage le 16 juin, est-ce que vous pouvez nous expliquer en quoi celle-ci va consister ?

Il s’agit pour l’instant de récolter la gemme de cinq essences de résineux présents dans l’Est de la France : le pin sylvestre, le sapin, le douglas, l’épicéa, et le mélèze. Dans la seconde campagne de gemmage, on gardera l’espèce qui produit abondamment la gemme de la meilleure qualité. On va commencer le 16 juin et la première campagne devrait durer cinq semaines. L’objectif est d’en savoir plus sur la composition chimique de la gemme en fonction des essences.

On souhaite également observer l’évolution de la production de résine par ces espèces et réaliser ce que l’on appelle une cinétique. Pour ce faire, on va prélever des échantillons à 6 moments différents :   

  • +1 jour après la blessure ;
  • +7 jours après la blessure ;
  • +14 jours après la blessure ;
  • +21 jours après la blessure ;
  • +28 jours après la blessure ;
  • +35 jours après la blessure.

Cette méthode nous permettra de voir comment le système de canaux résinifères, les canaux conduisant la résine, évolue dans le temps suite à une blessure. Un autre élément que l’on souhaite étudier est la composition chimique de la gemme. On s’attend à ce qu’au bout de 5 semaines, la quantité et la composition en terpènes et acides résiniques présente dans la résine fluctue.

Pour résumer, nous sommes encore dans une phase exploratoire. C’est stimulant. Nous avons formulé un grand nombre d’hypothèses que nous souhaitons tester.  On voit dans la littérature qu’il y a des différences au niveau de la résine au sein d’une même espèce. En effet, la quantité et la composition de la gemme peuvent varier ou être influencées par les conditions climatiques, la nature du sol, l'âge des arbres, la disponibilité en eau ou l'ensoleillement. C’est pour cela qu’il est primordial de rassembler le plus possible de données afin de mieux connaître les types de résines qui pourraient être produits dans l’Est de la France.

Pour gemmer, il faut pratique une blessure, mettre une pâte ralentissant ou empêchant la cicatrisation de l'arbre et poser un dispositif de récolte

Ici, Sébastien applique la pâte retardant la cicatrisation de la blessure

Est-ce que vous savez où vont se dérouler les tests ?

Mis à part les mélèzes qui se situent dans la forêt de Grémecey, tous les spécimens que nous allons étudier se trouvent dans l’Arboretum et les forêts autour de l'INRAE de Champenoux. Comme nous allons réaliser des récoltes assez régulièrement dans les prochaines semaines, il est plus pratique de gemmer près de l’endroit où l’on réalise les analyses.

En effet, pour chacune des cinq espèces étudiées, on va sélectionner 5 arbres. L'objectif de cette sélection est surtout de s'assurer que les variations observées ont été causées par la blessure ou le traitement appliqué, et non par une variabilité intra-espèce (entre différents arbres d'une même espèce). On parle de répétitions biologiques.  Au total, on prévoit donc de faire 150 prélèvements !

La situation actuelle avec la crise sanitaire a-t-elle causé des difficultés particulières ?

Rien de trop grave. En effet, à cause du coronavirus, l’étude anatomique et les pré-tests ont pris du retard. Normalement, nous aurions dû commencer cette phase en mars, quand le confinement est arrivé. En fait, d’après l’analyse bibliographique que nous avons menée, la fenêtre pour récolter de la résine s’étend de mars à septembre. Après, les arbres entrent en période hivernale et ne produiront alors probablement pas autant de résine. Donc il nous reste du temps pour réaliser la première campagne de récolte avant l’hiver.

Tout cela c’est forcément un peu de stress, mais au niveau du calendrier nous avons encore tout le temps nécessaire pour réaliser la cinétique que nous avons prévue. Le projet devrait reprendre son déroulement normal et nous devrions pouvoir dévoiler les résultats en octobre 2021.

Photo de Sébastien Ribeiro, post-doc sur Gemm_Est

Sébastien Ribeiro

Post-doctorant, dans l’UMR 1434 Université de Lorraine, AgroPrisTech, Inrae Silva, sur le projet Gemm_Est

Sébastien est diplômé d’un Master en Biologie Végétale, spécialité Physiologie et Génétique Moléculaire qu’il a obtenu en 2013, à l’Université Clermont-Auvergne.

La thèse qu'il a réalisée de 2016 à 2019 au sein de l'UMR Physique et Physiologie Intégratives de l’Arbre en environnement Fluctuant (Clermont-Ferrand) portait sur une maladie foliaire de l'hévéa causée par le champignon Corynespora cassiicola. Son objectif principal était de comprendre les mécanismes moléculaires impliqués dans la sensibilité de l'hévéa à une toxine produite par le champignon.

Date de modification : 01 août 2023 | Date de création : 25 juin 2020 | Rédaction : Théo Brisset